écho

ma main tremble un peu.

ma main / un peu

tremble.

ça a quelque chose à voir avec la mort

(avec cet abîme / là)

 

je connais une femme qui / mathématiquement sait décrire

le jeu du vent dans l’arbre et / le chant de l’oiseau

en une seule / équation.

mais à moi / il me faudrait

décrire le tremblement et son / écho

dans le lieu / inatteignable.

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ce serait en un lieu absurde et bruissant / agité ou corrompu peut-être / et là

il faudrait commencer quelque chose / ou peindre  ou / écrire / ou jouer d’un instrument

avec une maladresse conquise à force de patience / d’entêtement.

ça commencerait comme un cri qui / progressivement / se donnerait une grammaire / un vocabulaire de / plus en plus / articulé qui s’autoriserait des pauses des redites des détours

jusqu’à mimer le discours / son sérieux son phrasé / ses vieux airs de cravate / l’accent de l’expert le jeu de ses mains les boutons de sa chemise

et

jusqu’à saper le discours / le tordre / le faire fuir de partout / perçé de cris nouveaux / jamais criés / la multitude ou l’hydre ou la populace avec ses mille têtes noires / de discours.

il y aurait l’immigré qui en sait plus / long / sur le silence tandis que les mots lui dégueulent sur la tête.

il y aurait toutes les marges / les périphéries les banlieues / du discours redevenu cri.

là, faire un théâtre.

 

l’hiver qui vient

nous qui savons l’hiver qui vient / qui l’avons reconnu au bruit qu’il fait / nous qui comptons nos mots / dans le bavardage incessant vain / dans la dilapidation folle d’un langage à tout hasard / à tout vent

de cet hiver qui vient

nous qui savons les nuits / leur péril vrai leur misère avouée / l’asphyxie qu’elles annoncent à nos rêves / nos amitiés / nous qui sentons la lente dislocation la nudité certaine la nausée / le poison qu’il y a dans l’air

de cet hiver qui vient

nous qui tenons comme par / pure pesanteur pur défi de marcher / nous qui sommes assez fous pour être encore danseurs acrobates / funambules sur la lame

de cet hiver qui vient

sur votre coeur qui battra plus légèrement

 

le grand prieur : Modérez-vous. Ce n’est qu’un épanchement verdâtre de corps mortifié, qu’une illusion, qu’un mugissement du vent par nuit pluvieuse. Dépouillez votre poitrine de ce linge. Je pose tout de suite la main sur votre coeur qui battra plus légèrement parce qu’elle est réelle.
Edouard : Si elle était réalité, et réalité que tout ceci, la terre s’ouvrirait et nous engloutirait complètement. Pourtant, comme elle ne s’ouvre pas et que donc c’est un rêve, une illusion qui n’a rien à faire avec l’ordinaire réalité du monde ni avec un jour on ne peut plus conforme, je pose la couronne…
le grand prieur : Oui ! Arrache-la !

Bertolt Brecht, La vie d’Edouard II d’Angleterre.

(parenthèses)

(je sais que je cherche anxieusement
avec une fièvre qui est presque une folie
quelque faille quelque fêlure par où passer enfin glisser m’introduire
– il doit exister des coins sombres des trous des sursauts qui ouvrent ou promettent
un accroc dans ce tissu trop fin –

mais la rue est lisse sous les réverbères lisse et sans heurt
vide aussi)